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DAVID ALTMEJD

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Flux- David Altmejd au MAM.

Flux- David Altmejd au MAM.

L’exposition commence par une ouverture sur le néant. On part de rien mais aussi de tout car autour de la bouche béante de la sœur de David Altmejd, étincèlent de multiples matériaux tantôt brillants tantôt soyeux, minéraux, animaux ? Le tout est le rien. Le néant apparaît comme un cri, un exutoire de la vie.

Un sculpteur travaille la matière, la forme, le plein, le vide, la bosse et le creux.

La sculpture est un corps dont l’artiste souhaite que l’existence se dissocie de celle du visiteur, du spectateur. Elle s’impose, manifeste son être hors d’elle par le reflet des miroirs qui prolongent son corps comme si elle même ne pouvait se résoudre à disparaître, à s’effacer, sa finitude étant pourtant renvoyée par les brisures des glaces comme autant d’impacts de sa matérialité.

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Les premières sculptures sont voulues monumentales puis petit à petit se rapprochent de l’échelle humaine. Étranges totems, l’artiste les a souhaité grandioses et divins cependant la concrétion, de poils, de taxidermie, de minéraux de matériaux visqueux incite à les toucher. Ce n’est pas autorisé mais cela nous rapproche d’une façon primitive d’appréhender l’œuvre plus que d’une façon conceptuelle voire religieuse d’une certaine idée de la forme. La forme conceptuelle est déconstruite par la multiplicité de matières, le regard se décompose comme un kaléidoscope et se faufile jusqu’aux endroits les plus intimes, les plus humains des corps. De cette façon le spectateur s’approprie la richesse tactile du sculpteur et son humour. David Altmejd évoque l’idée de loup garou mi homme mi loup. Mon appréhension personnelle m’a conduite vers une exacerbation créative de la finitude humaine inversée, réussissant en fin de compte à faire de la sculpture de la matérialité, la grandeur et la magnificence de l’humanité, le soleil tandis que l’immatériel, la divinité est Icare se brulant les ailes. La création du sculpteur libère ainsi l’artiste et le spectateur des tensions de leur condition humaine.

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La précision de ces sculptures frustre de ne pourvoir les toucher ou même les sentir lorsqu’on voit notamment la structure de bananes inodore. Cette méticulosité organique n’est pas sans me faire penser aux Métamorphoses d’Ovide :

 « (…) Elle cherchait la Faim : elle la vit dans un champ pierreux, d’où elle s’efforçait d’arracher, des ongles et des dents, de rares brins d’herbe. Ses cheveux étaient hirsutes, ses yeux caves, sa face livide, ses lèvres grises et gâtées, ses dents rugueuses de tartre. Sa peau sèche aurait laissé voir ses entrailles ; des os décharnés perçaient sous la courbe des reins. Du ventre, rien que la place ; les genoux faisaient une saillie ronde énorme, et les talons s’allongeaient, difformes, sans mesure… »

D’un point de vue scientifique, biologique, le concept de métamorphose décrit l’insecte qui passe de l’état larvaire à l’état nymphal jusqu’à l’âge adulte ou imaginal. Les Watchers et Bodybuilders ont été réalisés par l’artiste pour figurer la sculpture qui se forme d’elle même par la matière traversant ainsi le monde du sensible de l’imaginal jusqu’à l’intelligible. Les multiples mains et tracent humanisent le concept, l’empreinte murale donne l’impression d’être fraiche. C’est le mouvement de la matière qui domine, la dynamique matérielle de la création. Un peu comme un archéologue moule des empreintes pour en faire des fossiles. L’artiste crée des fossiles en mouvement de l’énergie créative concrète qui a vocation de nous échapper, notre regard étant morcelé par la distraction de socles miroirs tandis que l’apparition d’ailes indique la prochaine échappée de la sculpture. Tout ce mouvement les habite les construit comme la vie anime une créature. Image qui nous est renvoyée par la chauve souris sculpture à échelle humaine tête en bas.

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Des totems de miroirs comme des mosaïques asymétriques dépècent violemment les spectateurs qui lui font face.

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Des modules de plexiglas structurent avec légèreté des écrins d’espaces des écrins de flux presque brodés tant ils cheminent finement entre fils colorés, figures d’insectes ou de végétaux.

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Une précision géométrique qui n’est pas sans rappeler le dessin industriel ou les planches d’herbier mais qui crée des microcosmes fantastiques et fantasmagoriques ou l’on projette des phénix, des dragons, où de nombreux visiteurs charmés par la délicatesse de la transparence des différents éléments se sentent libres de projeter leur imaginaire. L’artiste a voulu penser ces structures transparentes de manière à ce que les objets, les œuvres flottent jusqu’à matérialiser l’état liquide.

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J’ai pour ma part été frappée par la rigidité des structures percevant chaque angle comme impitoyable, où chaque élément est figé à son exacte place et où aucun flottement n’est permis. Chaque élément renvoie à un autre comme un adn dont on ne pourrait regarder un seul élément mais où le regard le poursuit dans toute la spirale de sa structure.

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Le corps humain dans cet espace est « maltraité », morcelé, noirci comme par des coulées de lave, décapité. Les têtes sont doubles comme si l’anamorphose était liée à cette partie spécifique du corps humain et pourquoi ?

Finalement quelle est la place de l’homme dans ce cosmos artistique ? Tantôt horrible tantôt décomposé tantôt morcelé comme s’il on voulait le stopper, l’empêcher de nuire mais en même temps tellement concret qu’il s’impose et s ‘échappe par ses contradictions.

Une sculpture très systémique, opposée à l’organique, froide de sa multiplicité de miroirs creusés comme les alvéoles d’une ruche fait face à une multitude de têtes doubles. L’exposition finit sur ce contraste comme une interrogation : et maintenant où va t’on ?

Le visiteur est égaré un peu comme l’humain dans les sculptures de David Altmejd. L’errance de l’artiste qui cherche son propre corps, du créateur qui tourne autour de son œuvre, insatisfaction ou mouvement de ce qui reste à créer ?

Nous arrivons au point de départ le néant la tête de la sœur hurlant. Le rien est le tout, l’art un exutoire.

Pour voir ou revoir l’exposition :

L’exposition sera présentée au MUDAM à Luxembourg du 7 mars au 31 mai, puis au MACM à Montréal du 18 juin au 13 septembre 2015.

http://www.davidaltmejd.com/

http://www.mudam.lu/

http://www.macm.org/

http://www.mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-david-altmejd

« CE QU’IL ADVINT DU SAUVAGE BLANC »

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« Ce qu’il advint du sauvage blanc » de François Garde

Au milieu du XIXème siècle, animé par la soif des grands découvreurs, Octave de Vallombrun a un souhait : servir la science et la géographie. Il peine à trouver la « terra incognitae », la parcelle de terre dont il pourrait dissiper la brume d’inconnu pour amener une avancée significative dans la quête infinie de connaissances de la communauté scientifique. A la façon de Christophe Colomb qui partit pour les Indes et arriva en Amérique, Octave de Vallombrun s’était donné comme destination une ambition rigoureusement géographique et aboutit en fin de compte à la création du concept de sciences humaines.

C’est au bout du monde, à Sydney que tout commença pour le futur « humaniste ».

Quoique prévenus, nous fûmes tous surpris à ce spectacle : un Blanc, vêtu d’un pagne, entièrement couvert de tatouages, muet, immobile, et qui nous regardait.

Un homme égaré, hors de sa culture, retrouvé sur une plage du Pacifique dix sept ans après, est désormais la proie, la curiosité d’une société occidentale dont il ne maitrise plus les codes, dans laquelle il n’a plus aucun repère. Les us et coutumes dit « civilisés » glissent sur lui comme s’il n’était pas concerné. A présent extrait de la tribu qui l’avait recueillie, il leur devient étranger. L’abîme incommensurable dû aux dix sept ans d’absence entre lui et la société qui l’entoure  pourra t’il être comblé ? Lorsque l’on est devenu complètement étranger au soi d’origine pendant la moitié de sa vie, que devient notre identité ? Elle est autre, hors de tous critères établis.

Octave de Vallombrun va créer autant de passerelles possibles avec le moi civilisé d’origine du naufragé au détriment du moi revenu à l’état « originel ». Il devient responsable du retour à la « civilisation » du naufragé. Complètement démuni face à l’immensité de sa mission, il va adopter la technique d’observation et d’expérimentation du scientifique tout en ayant conscience des limites morales auxquelles se heurte cette méthode empirique. Il s’agit d’un être humain. L’homme va donc au fil de ses hésitations, de ses inquiétudes et de ses avancées, batir les fondations d’une science de l’être au monde, de l’être au sein de la société.

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Inspiré par une histoire vraie, François Garde donne la voix du narrateur aux deux protagonistes. Le lecteur assiste à deux cheminements distincts et je vous laisse le soin de découvrir s’ils se rejoindront, s’entrecouperont. Le naufragé Narcisse Pelletier ne parlera pas, excepté quelques échappées, de ses dix sept années passées dans le Pacifique. Octave de Valombrun multipliera les tentatives de le rétablir dans la vie qui lui est due, qui pourrait lui correspondre sans jamais en saisir totalement la portée. Lui a -t’il fait violence en le réintroduisant en Europe ? Quelle est sa légitimité ? Lui a t’il imposé sa finalité ?

Il est très intéressant dans ce roman de suivre l’incursion de l’homme dans une société dite primitive qui n’est pas la sienne, puis le retour ce l’adolescent devenu homme dans une société où il est désormais considéré comme un phénomène au sens scientifique du terme, puis comme un étranger. L’auteur pose des questions essentielles, originelles : Quelle est ma place parmi les autres ? Est-ce que quelqu’un peut ou a le droit de s’immiscer dans la vie de l’autre ? Comment devient-on étranger aux autres ? Qu’est-ce que cela fait ? Jusqu’à quel point peut-on devenir étranger à soi même ? Jusqu’où sommes nous prêts à devenir autre pour s’intégrer ? Qui sommes nous ?

La faim continuait son travail de sape. Il alla au bord de la falaise, face à la mer dont le bleu dur s’assombrissait, mit ses mains en porte-voix et hurla : « Je suis Narcisse Pelletier, matelot de la goélette Saint Paul. »

Pour plus d’information:

Ce qu’il advint du sauvage blanc de François Garde, publié aux éditions Gallimard en 2012, collection Folio n°5623

Envie de buller ?

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Cette fois il ne s’agit pas de champagne ou de doigts de pied en éventail, mais du dit 9ème art : la bande dessinée.

La Cité de l’immigration propose jusqu’au 27 avril une très belle exposition : « Albums – Bande dessinée et immigration 1913-2013 », qui comme son nom l’indique propose un regard kaléidoscopique réunissant les mouvements  de populations.

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Cette perspective est très éclairante sur l’identité sans cesse mouvante de l’individu, les rapports de la société avec celui qui est autre et enfin comment autrui vit son nouveau statut d’étranger.

L’exposition amène une double lecture qui enchantera les spécialistes comme les humbles amateurs. En effet elle retrace les différentes étapes de conception et de réalisation d’une planche : séquençage, encrage… et toutes les caractéristiques de la BD de façon à former tout un chacun à une appréhension ludique et approfondie de cet art populaire. Parallèlement les aficionados seront ravis de pouvoir apprécier parmi la cinquantaine d’œuvres exposées de nombreux originaux et inédits et de voir leurs auteurs préférés sous un jour nouveau.

« Albums » est l’occasion de faire le tour du monde ou bien de se rendre compte que le monde est de fait tellement à notre « port(e)-ée » qu’il fait partie de notre identité moderne enrichie de diversité. Le voyage commence par les premiers « comics trips » américains au début du XXème siècle et finit sur le devoir de transmission artistique et humoristique que les auteurs de la dernière génération manifestent avec enthousiasme.

Vous découvrirez la force créative du métissage et la BD comme un mode d’expression d’une identité variée.

Parmi les points forts de l’exposition, des planches originales d’Enki Bilal et une interview de ce dernier où il évoque ses différents lieux de vie à Belgrade comme autant d’inspirations réelles de ses vignettes. Il y a aussi une planche explicative du pourquoi du comment d’Astérix par Goscinny, le storyboard de Persepolis expliqué pour la première fois par Marjane Satrapi et des inédits d’auteurs talentueux comme Pahé et Zeina Abirached.

La muséographie est soignée et percutante, elle permet d’appréhender avec simplicité et de manière ludique la thématique complexe de l’immigration et de la BD. Les planches s’alternent avec les story-boards, les interviews vidéos et les extraits de films d’animation. En parallèle un parcours pour les enfants à hauteur de « Tom Pouce » est très bien fait et très instructif au point que tous les adultes se penchent dessus en souriant et le recherchent à chaque étape.

Enfin le catalogue est très documenté et bien illustré, les textes apportent un vrai plus  par rapport à l’exposition.

En bref allez-y !!!!!

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Quelques points de vigilance pour en profiter en toute sérénité :

  • prévoyez du temps à consacrer à cette expo soit 2h30 voire même 3h idéalement.
  • Allez-y en transports en communs plus qu’en voiture, il y a très peu de place pour se garer
  • Et pour finir le temps d’attente à la billetterie est très variable car elle regroupe plusieurs musées dont l’aquarium qui est très couru le mercredi et le week-end.

Pour plus d’informations :

ALBUMS Bande dessinée et immigration 1913-2013

Jusqu’au 27 avril 2014

Musée de l’histoire de l’Immigration

Palais de la Porte Dorée

293, avenue Daumesnil

75012 Paris

Du mardi au vendredi de 10h à 17h30

Samedi et dimanche de 10h à 19h

01 53 59 58 60

info@histoire-immigration.fr

www.histoire-immigration.fr

La Mariée s’évade dans le butoh et rejoint Niki de Saint Phalle dans une performance…

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La Mariée s’évade dans le butoh et rejoint Niki de Saint Phalle dans une performance…

Ceci n’est pas un cadavre exquis… mais une proposition artistique contemporaine mêlant butoh et arts visuels ce vendredi 25 octobre à 14h30.

Moment d’inquiétante étrangeté où les frontières entre les courants d’art ouvrent des fenêtres sur des voyages. La danse japonaise qu’est le butoh se prête à l’exploration du corps et de l’intériorité comme une manifestation extérieure de l’être et de l’artiste. Anaïs Bourquin vous invite dans son Théâtre d’Emotions à tâter l’immatériel et l’évanescent par l’esthétique et le mouvement. Elle partage ce qu’elle est, ses références artistiques éclectiques et nomades dans la poésie d’une émotion mutliculturelle.

Rendez-vous donc ce Vendredi 25 octobre pour éprouver le sens de la Mariée qui s’évade dans le butoh et rejoint Niki de Saint Phalle dans une performance avec Anaïs Bourquin.

Pour plus d’informations :

www.anaisbourquin.com

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